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 jardin secret

 

Axelle Red descend d'un gigantesque car vert, portant dans ses bras Janelle, sa fille de 13 mois, et déjà une trentaine de fans l'attendent à l'entrée des artistes pour un autographe, une parole, un contact. Gentiment, la chanteuse s'exécute. Cheveux flamme, yeux bleus lumineux, peau éclatante, les couleurs étonnent comme dans un tableau fauve ou film noir et blanc colorisé. Elle semble avoir défini elle-même sa palette, sans rien laisser au hasard.

Il ne lui reste pas deux heures avant le concert, et elle doit encore répondre à un interview, s'occuper de sa fille, dîner. Pléthore d'occupations, peut-être pour oublier le trac. La chanteuse confie : 'Je n'ai souvent que dix minutes pour me préparer avant de monter sur scène. Aujourd'hui, c'est le luxe, le bus est arrivé quelques heures avant la nuit !'

Sérénité et rapidité. Trois mois de tournée en France et aucune trace de fatigue. Axelle Red assure qu'elle n'a jamais été aussi en forme. 'Sur cette tournée, je joue au ping-pong backstage, je m'amuse comme une gamine. Je suppose que je dois cette toute nouvelle énergie à mon régime protéiné ! Et à ma fille probablement. Si elle me vole des forces, le bonheur d'être mère les rend au centuple.'

Longtemps, Axelle Red a été allergique : pollen, fumée, crèmes hydratantes, tissus, tout l'irritait. 'J'étais surtout allergique à moi-même', dit aujourd'hui la jeune femme. Longtemps, elle a dû se battre contre des insomnies et un sens de la perfection destructeur. 'je ne m'arrêtais que lorsque je considérais le résultat exactement conforme à mon rêve. Comme ce n'était jamais le cas, je m'obstinais jusqu'à l'épuisement total de mes ressources ! Aujourd'hui, je mets la barre toujours aussi haut, mais j'ai plus de distance, plus d'humour. Je me laisse beaucoup moins malmener par mes exigences. 'L'année dernière, ce sont ses proches qui lui ont fait remarquer qu'elle risquait de craquer. Elle, ne voyait ni son visage 'cadavérique' ni sa tendance à fondre vitesse grand V.

Effectivement, Axelle est fine. Une silhouette de mannequin, sans le côté boudeur des expressions. D'ailleurs, il y a un an, elle a défilé pour son amie la créatrice Véronique Leroy. La styliste se souvient : 'Au départ, Axelle ne pouvait pas venir, mais elle est parvenue à se libérer et elle a débarqué cinq minutes avant le début de la présentation. En un rien de temps, elle était prête, elle avait compris ce que j'attendais d'elle.' Encore une fois, c'est sa vivacité et sa rapidité que son amie note en premier.

Axelle pense avoir résolu une partie de ses difficultés psychologiques grâce à des solutions pratiques. 'En supprimant l'hôtel, par exemple. L'année dernière, lors de mon précédent tour de chant, j'étais tourmentée par tous ces gens qui me réclamaient sans arrêt des autographes, des photos. Je devenais un brin parano. Bien sûr, ces admirateurs agissaient par sympathie pour moi. Mais je ne pouvais m'empêcher de penser que la femme de chambre qui venait m'apporter le petit-déjeuner voulait me surprendre au matin, pas maquillée, les paupières gonflées. Toutes proportions gardées, j'ai un peu compris ce qu'avait ressentir Michael Jackson. Grâce à l'aménagement de l'autocar, je me sens moins oppressée par les demandes des fans.

Le bus vert est un véritable deux pièces : une chambre pour sa fille, une pour elle, quelques couchettes pour les amis, une cuisine... 'Il y a juste la douche qui manque, mais Janelle est elle aussi très rock'n roll. Elle se lave dans les coulisses, comme nous tous. 'Les insomnies, dont Axelle a nourri son dernier tube 'faire des mamours', se font plus rares : 'Comme on roule la nuit, je suis bercée, tranquillisée par cette grosse carapace. On n'a pas à descendre nos bagages, avec le sentiment très déstabilisant de déménager tout le temps.'

Cette frêle et douce jeune femme adulée par le public n'a rien d'une créature fabriquée par une maison de disques. Depuis toujours, elle sait ce qu'elle veut et cherche à l'obtenir. Sa vocation de chanteuse date de ses 6 ans. Elle en veut pour preuve son refus d'entrer dans une école réservée aux enfants danseurs. Axelle a grandit à Hasselt, une petite ville de Belgique flamande 'aux proportions idéales'. Enfant, elle se trouve moche, avec ses cheveux fins et châtains coupés au bol, ses jambes en cerceau, son aspect chétif. Mais dès l'âge de 12 ans, elle vit une grande histoire d'amour 'avec le plus beau garçon de la classe'. Axelle se souvient : 'C'était une vraie idylle, sur plusieurs années. A peine jeune fille, je souhaitais ne pas multiplier les amoureux. Peut-être que je pensais déjà devenir célèbre et que je craignais que trop de garçons puissent dire : 'Axelle Red ? C'était ma girl-friend !' A l'époque elle est 'une grande gueule' entourée de copines et prend l'habitude de se teindre les cheveux en rouge. Paradoxalement, elle se calme à l'adolescence et devient plus solitaire. 'La particularité de mon adolescence, c'est que je ne l'ai pas vécue comme une crise.' Ses parents, père avocat et mère employée dans une agence de voyage, sont rarement présents. 'Ils ont cessé de s'entendre quand j'avais 12 ans. Je n'avais pas clairement conscience de grandir auprès de parents séparés. Ce non-dit a laissé des traces intimes que je connais encore mal.'

La future star enregistre son premier disque à 15 ans, en 1983. Sa mère arrête de travailler pour devenir son manager. Si elle est toujours la première auditrice de sa fille, qui lui fredonne au téléphone ses compositions, c'est désormais Filip Vanes, le père de son enfant, qui gère toute la vie matérielle d'Axelle. Manière de se protéger. Mais c'est elle qui a créé son nom, qui compose, chante, choisit les pochettes des albums. Elle n'a besoin de personne pour savoir comment s'habiller ou se mouvoir sur scène. Elle est fortement impliquée dans la réalisation de ses clips, allant jusqu'à être présente au montage. Et il lui arrive de co-produire ses disques. De même, elle a du mal à déléguer les gestes les plus quotidiens. Elle a élevé sa fille sans nounou les six premiers mois et, en tournée, elle s'occupe de Janelle dès qu'elle n'est plus sur scène. 'La seule chose que je ne peux pas faire est de la coucher', regrette-t-elle.

Derrière toute cette maîtrise, on cherche en vain les failles. Peut-être une difficulté à lâcher prise, justement. La chanteuse proteste : 'rien ne m'a été donné. Entre mon premier enregistrement et mon premier CD, dix années se sont écoulées. J'ai largement eu le temps de douter. Mes études d'avocate ont été ma chance. Elles m'ont permis de patienter, de supporter que le succès ne soit pas immédiat.'

Axelle red a beau être prolixe, elle reste très attentive à préserver la frontière entre la personne publique et privée. Cette attitude s'étend jusqu'à son état civil : 'Je tiens à tenir mon vrai nom secret. Mon pseudonyme n'a aucune signification particulière. Je l'ai choisi parce qu'il sonne bien en français, en flamand et en anglais, et qu'il est difficilement déformable... Bien qu'une hôtesse de l'air m'ait un jour appelée Axelle Rose (chanteur du groupe rock Guns n'Roses') !

Le concert est maintenant terminé. Nouvelle distribution d'autographes. 'Cheese' dit-elle dans un sourire imperceptiblement las à la vingtième photo volée. Une générosité sans ostentation jusqu'à la dernière minute, puis elle se réfugie dans l'énorme bus qui l'emporte vers une autre ville.


  Psychologies magazine - avril 2000 - Joséphine de Toledo
'J'étais allergique à moi-même'

Pollen, fumée, tissus, crèmes hydratantes, tout l'irritait. Surtout elle-même. Longtemps, elle a dû se battre contre ses insomnies et un sens de la perfection destructeur. Aujourd'hui, à l'abri dans son bus vert, tout roule !

 

 

 

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