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Il y a un an, la chanteuse rousse triomphait aux Victoires de la musique. Depuis, elle enchaîne les bonheurs : son nouveau disque, son bébé, sa tournée…

Même en tournée Axelle Red ne se sépare jamais de Janelle, sa fille de 13 mois. Depuis le 25 janvier, la chanteuse sillonne les routes de France dans une maison roulante où elle a pu recréer l’intimité du foyer familial. Le 24 mars, son palace mobile se garera au Zénith pour un concert unique qui clôturera son périple. Avec Véronique Sanson et Zazie, Axelle Red est une des rares femmes auteurs-compositeurs-interprètes francophones à atteindre les sommets des hit-parades. Son dernier album — ‘Toujours moi’ - , qui s’est déjà vendu à 450 000 exeplaires, est bien parti pour battre le record du précédent — ‘A tâtons’ — qui avait dépassé les 800 000 ventes. Fan d’Aretha Franklin, Axelle est la reine de la soul européenne. Désormais, elle est là.

Pour ne pas se séparer de sa fille, elle va de ville en ville dans un bus aménagé comme une maison.

Qui dort voyage ! Pendant que son chauffeur taille la route, Axelle Red a tout loisir de prendre du repos dans son grand lit douillet. Dormir en roulant, c’est le meilleur moyen d’arriver sur scène en pleine forme. Sensuelle, provocatrice et sexy en diable, la fille aux cheveux feu enflamme les salles chaque soir. Mais, après les rappels, il ne lui faut que quelques minutes, le rideau retombé, pour redevenir une maman attentive et dévouée. Axelle se sent si bien dans son bus digne du Magic Mystery Tour des Beatles qu’elle songerait presque à le troquer contre son appartement parisien. Après le zénith, Axelle ‘la rouge’ tournera son sixième clip sous la direction de Paul Ritter qui la suit depuis ses débuts. Nommée ambassadrice extraordinaire pour l’Unicef, la Flamande flamboyante s’envolera pour le Laos afin de défendre les droits des enfants. Pour une mère modèle, c’est la moindre des choses…

Axelle Red
Au début, j’étais tellement jalouse de l’amour de Janelle que je ne voulais pas d’une nounou. J’ai attendu sept mois pour engager un baby-sitter’

Paris Match
Axelle, un an après votre consécration aux Victoires de la musique, ‘C’est toujours vous’ Vous êtes en tournée dans toute la France depuis le 25 janvier, et votre album ‘Toujours moi’ reste en tête des ventes. Inutile de vous demander si vous êtes heureuse.

Axelle Red
Je suis comblée ! A tous les niveaux. Parfois, ça me fait peur. Et, quand il m’arrive d’être de mauvaise humeur, je me dis que je n’en ai vraiment pas le droit. J’ai tellement de chance. Ma fille, Janelle, mon amour, est avec moi depuis le début de cette tournée. Je ne supporte pas de la savoir loin de moi. Pour mon équilibre personnel et professionnel, j’ai besoin d’elle. Elle a aujourd’hui 13 mois et six dents. Dans sa petite tête, elle doit croire que c’est ça la vie : passer d’un endroit à un autre. C’est déjà une grande voyageuse. Mon mari, lui aussi, me rejoint dès qu’il le peut. † a me rend très heureuse.

PM
Pour qui avez-vous voté aux Victoires de la musique ?

AR
J’ai voté pour Véronique Sanson. Sa voix est remarquable. Elle est une des rares artistes féminines à écrire et à composer elle-même ses musiques. Et puis, son mari, Pierre Palmade, est tellement drôle.

PM
Tout va très vite pour vous : déjà trois albums, un mariage, un bébé, des concerts, une tournée. Comment conciliez-vous le tout ?

AR
J’essaie de me fixer des priorités. Ce n’est pas toujours facile. Pour les albums, ça n’a pas été aussi simple qu’on peut l’imaginer. ‘Sensualité’ m’a fait connaître. Mais, tout de suite, on m’a comparée à Vanessa Paradis que j’adore. Mais tout de même, c’est dur quand on s’investit autant de se voir confondre avec une autre chanteuse, aussi talentueuse soit-elle. Pour ‘A tâtons’, mon second album, les choses ont été plus claires. J’étais vraiment Axelle Red, chanteuse-auteur-compositeur. Le mariage avec Filip, ça c’était une fête et surtout une façon romantique de célébrer à marrakech les dix ans de notre premier baiser. Et, enfin, le 21 janvier 1999 est arrivée janelle qui m’a obligée à devenir sereine et organisée. L’âge y est aussi peut-être pour quelque chose, j’ai 32 ans.

PM
Que vous a apporté la maternité ?

AR
J’ai adoré être enceinte, et l’arrivée de Janelle m’a bouleversée. Je suis passée par tous les stades émotionnels, les crises de rires et souvent les crises de larmes. Je ne sais pas, c’était peut-être les hormones… La vie du couple à ce moment-là est totalement chamboulée. Un bébé, c’est l’amour, mais c’est aussi une perte de liberté et des horaires. Au tout début, maman était là pour m’aider. Je me refusais à prendre une nounou — je ne voulais pas partager Janelle avec une inconnue — et j’ai attendu sept mois avant d’engager un baby-sitter. J’étais tellement jalouse et exclusive dans mon amour qu’il m’a semblé qu’un garçon me perturbait moins. Maintenant, j’essaie de prendre de la distance est c’est une vraie nounou qui m’aide et s’occupe à mes côtés de ma fille, partout où je me trouve. Je ne pensais pas que mon instinct maternel serait si fort et qu’il m’apporterait autant de bonheur. Pourtant, vous savez, j’ai eu au début l’impression de ne plus avoir d’inspiration et d’ambition. Je voulais consacrer tout mon temps et mon énergie à l’observer, mais l’amour et la passion de la musique étaientlà. Cependant, il y a des soirs où je suis malheureuse comme les pierres de ne pas pouvoir être là pour la coucher moi-même.

PM
Janelle n’est pas un prénom courant…

AR
Avec Filip nous avions pensé à Jezabel. Mais nous avons renoncé, connaissant l’histoire de cette reine maudite. Moi j’étais fixée sur le ‘j’ et sur le ‘l’ et, par hasard, je suis tombée sur un article dans un magazine américain où il était question d’une jeune femme prénommée Janelle. On peut imaginer que cela signifie ‘petite Jeanne’. Au début, notre entourage s’est un peu moqué de nous, évoquant ‘Javel’ ou ‘jarretelle’. Maintenant tout le monde est ravi. J’ignore si cela est dû au prénom, mais Janelle est tellement facile. Elle rit sans arrêt, voit des gens de toutes les nationalités, particulièrement mes musiciens, entend parler le français, le flamand qui est notre langue maternelle, et l’anglais. Plus tard, nous l’inscrirons dans une école bilingue. [ A ce moment, Janelle arrive dans la loge d’Axelle accrochée au cou de son père. Commence en flamand un dialogue entre la mère et la fille qui les fait exploser de rire toutes les deux.]

PM
Filip, votre mari, est votre manager. Est-ce un avantage ?

AR
nous nous sommes rencontrés sur les bancs de la fac il y a plus de dix ans en Belgique, où nous poursuivions nos études de droit. Nous sommes d’ailleurs tous deux avocats mais n’avons jamais exercé. Avoir Filip pour manager est un énorme avantage et c’est rassurant. Nous sommes sur la même longueur d’onde. Nous partageons tout. Mais il y a cependant un petit inconvénient : nous parlons parfois trop musique.

PM
Pendant cette longue tournée qui prendra fin au Zénith le 24 mars, vous vivez chaque soir dans un hôtel différent ?

AR
Oh ! la ! la !, non, non, pas du tout ! J’ai trouvé un système génial. Comme Whitney Houston, pendant mes tournées je loue un immense bus qui me permet de me déplacer de ville en ville, mais je peux vous dire que c’est un vrai palace roulant. J’y ai ma chambre, et Janelle, son espace. Elle s’y repose tranquillement pendant que je répète et, quand nous roulons la nuit pour rejoindre l’étape suivante, nous avons le bonheur de dormir ensemble. Après chaque concert, je retrouve mon nid. Je m’y plais tellement que, quand nous rentrons à Paris, j’ai du mal à le quitter et délaisse mon appartement parisien pour y séjourner comme ça, pour le plaisir, et m’y réveiller le matin en voyant la vie bouger dehors. Pour Janelle c’était la meilleure solution, nous ne sommes jamais séparées. J’en en profite tant qu’elle ne vas pas à l’école. Plus tard, nous nous organiserons différemment.

PM
d’où vient cette passion pour la soul music, alors qu’enfant vous écoutiez Abba ?

AR
A l’âge de 7 ans, je m’identifiais totalement à Abba et je rêvais déjà de chanter. Plus tard, les idoles de ma mère sont devenues les miennes : Aretha franklin, Janis Joplin et Stevie Wonder. Elle possédait la plus belle collection qui soit dans le genre. Je ne pouvais pas y échapper. C’est sûr, je ne suis pas black, mais ma voix est tout droit sortie de mes tripes.

PM
dans ‘Rester Femme’, vous êtes prête à tout pour garder l’homme que vous aimez : les bas noirs, croire au mensonge, ne pas poser des questions. Peut-on dire que ce texte qui est de vous est autobiographique ?

AR
Non, pas du tout ! cela dit, si je l’ai écrit, c’est que, probablement pendant un instant, j’ai pu avoir ce genre de pensée, seulement un instant. Franchement, ce texte m’a été inspiré par les histoires de mes amies. Je sais bien qu’on ne garde pas un homme de cette façon. Pour moi, l’amour est un travail à plein temps. Chaque jour il faut être vigilant mais ne pas le montrer. Mais je suis tellement stable et si peux jalouse envers l’homme que j’aime. Les jaloux sont ceux qui ne sont pas sûrs d’eux, et moi je suis fidèle comme un chien.

PM
Enceinte, vous avez défilé pour Véronique Leroy, la styliste belge. Etes-vous très attirée par la mode et les fringues ?

AR
Je ne suis pas une ‘fashion victim’. Il m’arrive de faire des folies comme pour cette robe de martin Margiela que je n’ai portée qu’une seule fois et qui est une véritable œuvre d’art. Je vais d’ailleurs l’installer sur un mannequin pour pouvoir la contempler. Mais je m’habille aussi bien aux puces ou en Petit Bateau que chez les nouveaux créateurs. J’ai une profonde admiration pour jean-paul Gaultier et Véronique Leroy, que je trouve géniale au vrai sens du mot. C’est vrai que j’ai défilé pour elle pendant ma grossesse. C’était pour le gag et aussi pour démystifiér les canons de la beauté. J’ai prouvé là qu’il ne fallait pas être parfaite pour être mannequin, même d’un jour. Je suis hors normes : je mesure seulement 1,65 mètre/

PM
Axelle, vous avez tout d’une vraie rousse : le teint, les cheveux, la sensualité et même le nom. Quelle est la recette de votre forme et de votre beauté ?

AR
J’ai peut-être tout d’une rousse, pourtant je n’en suis pas une vraie… Le secret est sans doute mon alimentation équilibrée : jamais de sucre, uniquement des protéines, des vitamines, pas de cigarettes, peu de café, peu d’alcool, beaucoup d’eau et d’amour. J’ai aussi appris à contrôler mon stress qui a tendance à se lire sur mon visage. Comme toutes les femmes, j’utilise des crèmes de soin, mais je ne suis pas folle des produits de beauté. Je me maquille seule car je n’ai pas la patience de passer entre les mains d’une maquilleuse. Il faut que tout aille vite. Mais, par contre, quelle que soit l’heure à laquelle je me couche, je prends toujours le temps de me démaquiller.

PM
A 32 ans, vous chantez ’82 ans’. Vous voyez loin ! Est-ce une façon de déjà vous préparer la vieillesse ?

AR
J’essaie de me convaincre que la vieillesse peut être belle si vous êtes entourée et en bonne santé car, actuellement, j’avoue qu’elle m’effraie. Mais c’est aussi ma manière romantique de dire à Filip que j’aimerais vieillir avec lui.

PM
Vous sentez-vous proche d’artistes comme Zazie ou Véronique Sanson, auxquelles on vous compare parfois ?

AR
Zazie , cela vient sans doute du fait que nous sommes de la même génération mais également que nous sommes toutes deux auteurs-compositeurs. Pour Véronique, cela me flatte beaucoup… mais il est vrai que ça m’agace d’être cataloguée, car moi-même je ne sais pas trop comment me définir.

PM
Qui sont vos amis dans le show-business ?

AR
Richard et Daniel Seff qui m’ont écrit ‘Kennedy Boulevard’ en 1991, et qui sont de vrais amis qui continuent toujours à composer pour moi. Puisque vous voulez des noms, je vous dirai que j’ai une chouette relation avec Sylvie Vartan, que patrick Bruel et Alain Souchon sont charmants, mais que mes vrais amis sont ceux que je côtoie depuis la fac et qui sont très éloignés de ce milieu.

PM
En mars 1998, vous avez été nommée ambassadrice extraordinaire par l’Unicef. Quel rôle y jouez-vous ?

AR
C’est un titre que j’ai à vie et j’en suis très honorée. En avril, je pars pour le Laos. Il y a deux ans, à Haïti, on a créé des écoles dans la rue afin de permettre aux enfants de se scolariser. J’étais révoltée du traitement qu’on leur infligeait, notamment au niveau du travail. Là, je peux vous dire que mes études de droit m’ont été utiles et m’ont servi à défendre mes idées face à un gouvernement un peu dépassé. Au Laos, mon but est de faire de la prévention, d’apprendre aux enfants à dire non, de récolter des fonds, et de pouvoir, dès mon retour en France, témoigner des violations des droits des enfants. Je suis heureuse que mon petit nom serve cette cause. J’avais commencé bien avant ce genre d’action, mais dans l’anonymat.

PM
Etes-vous une sportive ?

AR
Oh ! Mon côté sportif se limite au fait que je porte des baskets. Pendant vingt ans, en Belgique, j’ai pratiqué la danse et j’étais à cette époque une grande fan des matchs de foot. J’avais tout l’attirail du supporter : la bande de copains dans le bus, l’écharpe des clubs et le ‘toeter’, la corne qui fait tant de bruit.

PM
Quel souvenir gardez-vous de votre prestation avec Youssou N’Dour pour l’ouverture de la Coupe du monde au stade de France ?

AR
On s’est connu avec Youssou à La Rochelle, et, trois ans plus tard, il m’a demandé de faire un duo avec lui. J’ignorais que c’était pour la Coupe. J’en garde un sacré souvenir. Nous n’avons pas eu le trac une seconde. Notre seule angoisse était de glisser sur la pelouse, mais on en aurait ri. Chanter devant 80 000 personnes, ce n’est finalement pas si impressionnant, sans doute parce que je n’ai pas réalisé. Il faut savoir relativiser.

PM
Côté textes, vous ne bouleversez guère vos habitudes. Le même thème revient sans arrêt : l’amour. Est-ce là votre moteur ?

AR
Ce n’est pas toujours vrai. Ecoutez ‘Mon café’ ou ‘Ma prière’, vous verrez que les thèmes abordés sont différents. Dans mon dernier album, oui, là je revendique l’amour. Les gens aiment qu’on en parle.

PM
Y a-t-il des questions qui vous agacent ?

AR
Non, pas vraiment, mais ne me demandez pas pourquoi mon nom, pourquoi mes cheveux. Tout a été dit. Par contre, si l’on sait que je compose et écris, on ne sait pas que c’est moi qui ai produit mon dernier album, et c’est là une des dernières choses que j’avais envie de vous confier. J’en suis assez fière.

Par Marie Affortit


PARIS MATCH — 23/03/00

Le ciel est bleu pour Axelle Red

 

 

 

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