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Une voix
envoûtante comme un sortilège. Un album, 'Toujours
Moi', qui dépasse les trois cent mille exemplaires
vendus. A son rythme, Axelle est devenue l'étoile
blanche de la musique noire.
Au zénith
de Paris, un couloir serpente dans une demi-pénombre.
Sur sa loge, un nom, le sien, écrit en noir avec
des lettres majuscules, Axelle Red. La porte s'ouvre. Silhouette
de petite fille du Nord, pâle, les yeux aigue-marine,
une chevelure rousse, couleur de feu. Elle indique un siège,
boit une gorgée d'eau à la bouteille, saisit
une pince à cheveux, joue avec. Et parle, d'une voix
rapide, voilée parfois, se raconte, sourit, rit,
soudain silencieuse, à nouveau volubile. Axelle s'est
vouée depuis toujours à une seule passion
: la musique.
'Chez moi,
dans ma ville natale de Hasselt, en Flandres, on en écoutait
en permanence. Ma mère m'a fait découvrir
la soul américaine, la musique noire : Aretha Franklin,
Otis Redding... J'écoutais également Abba,
comme les copines ! A la maternelle, avec ma meilleure amie,
nous chantions leurs succès, à l'heure de
la pause.'
A six ans,
elle déclare tout de go : 'Moi, je veux devenir chanteuse.'
A huit ans, elle chante, accompagnée d'un vrai orchestre.
Emotion indélébile. Adolescente, elle récidive.
Un artiste belge la remarque, lui propose de sortir un disque.
Elle l'enregistre en anglais, 'parce que c'est la langue
universelle, la langue de Dionne Warwick.' Succès
d'estime, sans plus.
Axelle
envoie des maquettes à des éditeurs. Signe
du destin, Mick Ronson, le producteur de David Bowie, remarque
sa voix. Impressionné, il lui rend visite à
Hasselt. Mais les labels anglais de l'époque souhaitent
un produit manufacturé, trop à la mode. Elle
a quinze ans et tranquillement dit non ! 'J'ai toujours
su ce que je voulais ne pas être. J'ai préféré
attendre. Je suis partie en France, avec mes maquettes sous
le bras. Je chantais en anglais, on m'a proposé d'essayer
le français, pourquoi pas !'
Nouvelle
rencontre, décisive, avec Daniel et Richard Seff,
compositeurs toulousains. Ils lui offrent 'Kennedy Boulevard'.
Elle le transforme en solide succès. La voilà
disque de platine en Belgique. 'Pourtant, rien, jamais,
n'a été facile ! Durant toutes ces années,
j'ai éprouvé une sorte de frustration latente.
Lorsque je voyais à la télévision d'autres
artistes, je me demandais, pourquoi eux et pas moi. Mais
dans le même temps, on se remet en question pour finalement
trouver un style personnel. Et puis, j'ai vécu à
côté, me suis inscrite à la faculté
libre de droit, à Bruxelles. En obtenant mes diplômes,
j'éprouvais ainsi d'autres satisfactions. Je suis
devenue avocate, comme mon père, même s'il
a eu la grande intelligence de ne jamais rien m'imposer.'
Enfin,
en 1993, Axelle Red signe chez Virgin. Sans plus attendre,
son premier album comporte déjà cinq titres
composés par ses soins. A l'instant où le
public l'achète, Axelle suit un stage chez son père,
'où je m'endormais... Il me fallait prendre une décision.
J'ai choisit la musique, sans pour autant savoir si cet
album aurait du succès.'
Il en aura
: cinq cent mille exemplaires vendus en France. Grâce
entre autres à un titre, 'Sensualité'. 'Je
n'ai jamais voulus rien imposer au public. J'ai trouvé
ma soul à moi, l'important n'est pas de hurler mais
d'émouvoir les gens. J'ai travaillé ma voix
dans les graves, chantant pour moi seule des morceaux de
Dean Martin.' Travail, son sésame à elle.
En 1996
sort un deuxième album, 'A Tâtons'. Elle prend
part à l'écriture de toutes les chansons,
ainsi qu'à la production dans les studios de Nashville.
Un cocktail détonant, des sons nouveaux, à
mi-chemin entre la soul américaine et une sensibilité
plus volontiers européenne, proche de ce qu'elle
a toujours voulu créer. 'Je ne suis jamais tombée
dans le piège de choisir des mots simplement parce
qu'ils sonnent bien, ou d'ajouter des yeaah partout ! Je
compose d'abord la ligne mélodique d'ensemble, qui
doit être reconnaissable instantanément. Les
mots et les notes doivent ensuite se fondre intimement et
s'imposer comme une évidence.'
Axelle
interprète à côté de son ami
Youssou N'Dour 'La Cour des Grands', l'hymne officiel de
la Coupe du Monde en 1998. 'Mes proches me disaient, des
milliards de spectateurs vont te voir, tu vas devenir une
star internationale.' Axelle se contente de sourire. 'Ma
meilleure amie qui vit en Australie m'a confié qu'à
l'instant où nous chantions, la télévision
a diffusé la publicité ! Voici qui permet
de garder la tête froide. Vous ne trouvez pas ?'
Toutefois,
'Rester femme', lui apporte la consécration. Le titre
submerge les ondes. En novembre 1998, Axelle Red organise
un grand concert. Seront présents sur scène
ses idoles de toujours, Wilson Pickett, Sam Moore, Eddie
Floyd, ...
Son dernier
album, 'Toujours Moi', est l'aboutissement de dix années
de travail, florilège de chansons en demi-teintes,
écrites par une femme qui fait confiance à
la vie. Une femme qui, dans 'Bimbo à Moi', ose draguer
un garçon avec humour. 'Les temps changent. Ce titre
est un clin d'[oe]il aux années 60, époque
plus machiste que la nôtre. Dans 'Parce que c'est
toi' je m'inscris dans ce nouveau courant : une femme sait
rassurer les fragilités d'un homme, fragilités
que je revendique chez lui. Mon album évoque ces
instanés de vie, avec des mots simples pour décrire
un quotidien tranquille.' Et heureux.
Depuis
douze ans, elle partage l'existence du même homme,
son manager, devenu son époux, Filip Vanes, rencontré
sur les bancs de la fac. Janelle naît de cette union,
en 1999. 'Il faut croire en l'amour, se battre afin de le
conserver. Je passe le plus de temps possible avec ma fille,
même si ce n'est pas simple de concilier travail et
câlins. Lorsque je reste des heures dans la petite
pièce qui me tient lieu de studio, si vous saviez
comme je culpabilise... Un enfant est si précieux.
Voilà pourquoi j'ai accepté d'être ambassadrice
auprès de l'UNICEF. Je suis partie en Haïti,
j'ai découvert les enfants délinquants, emprisonnés
dans des conditions atroces. J'ai rencontré le ministre
de la Justice, nous avons trouvé des solutions concrètes.'
Belge de
c[oe]ur, française d'adoption, européenne
par conviction, Axelle Red défend l'unité
de son pays avec flamme. 'Dans mon groupe, les musiciens
sont flamands et wallons. Tout se déroule en parfaite
harmonie. Si mes compatriotes faisaient l'effort de parler
ces deux langues, il n'y aurait aucun problème !
Quelle idée absurde de vouloir diviser un pays. Aux
Etats-Unis, les Américains ont bien du mal à
désigner la Belgique sur une carte. Alors rendez-vous
compte du gâchis si la Flandre obtenait son indépendance.
Mon pays a une qualité qui est autant son défaut
majeur : les Belges souffrent d'une trop grande modestie.
Nous manquons de fierté nationale. Il suffit de certains
événements pour qu'elle refasse surface. Evénement
dramatique, je pense à l'affaire Dutroux, ou heureux,
le mariage du prince Philippe et de mathilde. Mais le roi
Albert est le gage de notre unité.'
Un dernier
sourire. Le regard d'Axelle s'éclaire davantage.
L'habilleuse lui apporte sa robe de scène, simple
et droite. Comme elle.
Philippe
Séguy
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