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Axelle
en Diable et Red comme Rouge la couleur de son nom
et de notre équipe nationale. Axelle Red aime autant
le foot que la musique, autant Enzo Scifo qu'Aretha Franklin.
Coup d'envoi de l'entretien.
Il y a
des gens qui croient tout savoir. Comment débusquer
l'imposture médiatique, par exemple. L'ignorance
est souvent mauvaise langue et dicte les sarcasmes prétendument
démystificateurs. Certains donc pourraient penser
qu'Axelle Red n'aime le football parce qu'elle est concernée
par l'opération de séduction de France '98,
la Coupe du monde dont elle a enregistré, avec le
Sénégalais Youssou N'Dour, l'hymne officiel
La Cour des Grands. Axelle Red aime pourtant le football
depuis la cour des petites.
Elle ne
considère cette sortie du placard des vestiaires,
au demeurant intéressante d'un strict point de vue
médiatique, que comme un gag. Un gag dont doit raffoler
son père, lui qui voit cette chanson, ne relevant
en rien de l'esthétique stadium We Are The Champions,
comme 'une chose presque plus importante que mes albums',
précise la chanteuse belge qui ajoute, en soulignant
le petit côté 'chaîne de l'amitié'
de l'objet, que 'les Français ne sont pas si chauvins'.
Dont acte.
A trente
ans, la jeune marraine d'une mission de l'Unicef en Haïti
a suffisamment d'humour pour préciser que le contrat
qui la lie au Comité français d'organisation
lui interdit, hélas, de poser certains actes :
'Je ne peux pas participer à la Coupe du monde et
je ne peux pas jouer dans l'équipe belge' !
Ce qui, sauf le respect qu'on lui doit, est peut-être
une bonne chose. Elle est, sans doute, meilleure en interview
qu'en coup franc, encore que
Entre une répétition
pour l'enregistrement d'une émission spéciale
Céline Dion et son départ pour le Canada,
Axelle Red a pris le temps de regarder passer la mi-temps.
Peu
de gens savent que vous vous intéressez à ce point au football
A.R. Il y a plein de choses qu'on ne connaît pas
de moi. Est-ce que les gens savent que mes musiciens me
comparent souvent à Louis de Funès, le chef
d'orchestre dans La Grande Vadrouille ?
Quel
charme, une fille comme vous, peut-elle bien trouver au
foot ?
A.R. Sa symbolique universelle. Le rêve qu'il fait
naître chez les gosses et les liens qu'il crée
entre les gens. Il faut garder cette naïveté,
même si je sais que le football est une industrie.
Les affaires, l'argent, comme beaucoup de gens, ça
m'écoeure, mais je ne peux m'empêcher de continuer
de penser, comme beaucoup de gens, que le foot est beau.
Avez-vous
rencontré le co-président du Comité
français d'organisation, Michel Platini ?
A.R. Oui, je l'ai croisé. C'était bizarre,
parce que je pensais à mon père qui, s'il
avait assisté à la rencontre, serait devenu
fou. Mais je ne le connais pas assez pour pouvoir juger
l'homme ceci dit, je trouve qu'il vieillit bien par
rapport à d'autres footballeurs qui, avec le temps,
deviennent la caricature d'eux-mêmes.
Que
faisiez-vous le 29 mai 1985 ? Le jour de la finale
de la Coupe d'Europe des clubs champions Juventus-Liverpool,
au Heysel ?
A.R. Je devais préparer mes examens, mais j'étais
devant la télé. Il n'y a quand même
rien de mieux, pour se détendre, durant les examens,
que de regarder un match de foot sauf cette fois-là.
C'était hallucinant, on ne comprenait rien, pourtant
on sentait qu'il se passait quelque chose. Le drame du Heysel,
c'est tout de même le jour où beaucoup de pays
ont pris conscience des problèmes du football.
Quand
avez-vous découvert que vous aimiez ça ?
A.R. A treize ans. Mon père était président
du club de Hasselt, il adorait et il adore toujours le foot,
mais ça ne m'intéraissait pas, je peux même
dire que je détestais ça. Ce sont des copains
qui m'ont entraînée et qui m'ont fait découvrir
l'énergie des stades, le bruit autour des gradins
qui fait monter l'adrénaline.
Quel
genre de supporter étiez-vous ?
A.R. Une fanatique. Une grosse dure avec l'écharpe
et le drapeau de mon équipe Hasselt !
Même si elle est aujourd'hui en troisième division,
j'y suis toujours sensible. A quatorze ans, j'allais voir
tous les matches et j'étais ce qu'on appelle une
supporter grande gueule ! N'empêche, je me souviens
d'une rencontre face au Winterslag durant laquelle je me
suis fait agresser et toute grande gueule que j'étais,
j'ai vraiment eu peur.
Et aujourd'hui,
en tant que fan des Diables rouges, quel est votre sentiment
après la décision d'Enzo Scifo de ne pas participer
à la Coupe du monde ?
A.R. Je crois que la relation qu'il entretient avec Georges
Leekens (le sélectionneur-entraîneur des Diables-NDLR)
est plus complexe qu'on ne l'imagine. Si Scifo se retire
parce que Leekens ne l'a pas sélectionné lorsqu'il
l'aurait voulu et uniquement pour cette raison, ce n'est
pas logique. Ce serait de la fierté mal placée.
Une équipe, c'est un esprit, si on vous met de côté,
il faut l'accepter. Mais, à mon avis, d'autres choses
ont dû entrer en considération
Il n'empêche,
les grands joueurs de foot peuvent être aussi prima
donna que les chanteuses.
A.R. Ce sont des stars . Ils sont dans les magazines
people, on veut tout connaître de leur vie privée
et, en plus, ils défilent pour les couturiers !
Mais pour revenir à Scifo, j'aime beaucoup l'élégance
physique de son jeu, sur le terrain, c'est un animal. Ronaldo,
le Brésilien, a aussi beaucoup de charme. Mais, dans
le genre, j'ai rencontré mieux : Pélé !
Quand j'étais petite, sur une plage en Espagne, mais
bon, je ne le connaissais pas, c'est mon père qui
l'a abordé.
De l'élégance
du jeu de Scifo à l'élégance vestimentaire,
il n'y a qu'un pas et on sait que vous portez aussi un grand
intérêt à la mode belge, en particulier.
L'équipe de France sera habillée par Daniel
Hechter, savez-vous qui s'occupera du look des Diables ?
A.R. Je n'en ai aucune idée mais j'imagine que
ce ne sera pas un créateur moderne comme Walter Van
Beirendonck quoique cela ne devrait pas être
trop mal ! Ou Martin Margiela qui leur ferait des manches
dans lesquelles ils ne pourraient plus bouger !
Martin
Margiela, le créateur belge dont on peut être
fier puisque c'est lui qui, depuis cette saison, a repris
les collections de la très classique maison parisienne
Hermès.
A.R. Je trouve ça incroyable que la maison
française la plus traditionnelle ait choisi le Belge
le plus à l'avant-garde. Je pense que cela peut donner
des choses intéressantes.
Et pourtant,
votre styliste belge préférée reste
Véronique Leroy
A.R. Avec Margiela et Helmut Lang. Le personnage de Véronique
Leroy, dans le fond, me ressemble. Elle veut rester indépendante,
ne suit aucune tendance et prend des risques. On lui pique
ses idées comme à moi d'ailleurs. Véronique
Leroy, en pleine période grunge, a débarqué
avec ses silhouettes inspirées du disco et de la
série télé Drôles de dames
personne n'a compris. Aujourd'hui, tout le monde est d'accord
pour vouloir ça.
Elle
est atypique dans l'univers de la mode. Elle est aussi une
des rares francophones dans une industrie monopolisée
par le savoir-faire des Flamands.
A.R. Et elle a de l'humour ce qui n'est pas toujours
le cas de la mode des créateurs anversois, qui a
beaucoup d'esprit, mais qui est plus austère. Quand
on veut porter du Véronique Leroy, il ne faut pas
être seulement sexy, il faut avoir de la personnalité,
être sûre de soi et ne pas trop se prendre au
sérieux. Il faut être franche.
Et vous
l'êtes, alors que tout le monde vous croit timide
A.R. Franche et bavarde ! Je joue les naïves,
mais je contrôle tout je n'aime pas le sens
du ridicule. J'ai appris ça de ma mère. Et
pour en revenir au début de notre entretien, il y
a plein de choses qu'on ne connaît pas de moi, parce
que j'ai décidé de bien séparer ma
vie d'artiste, ce que je peux donner aux fans, de ma vie
privée, ce que je ne peux pas leur donner.
Il arrive
toutefois que l'une prenne le pas sur l'autre. Avec d'autres
personnalités, vous avez signé la pétition
du comité de soutien à Michel Bouffioux. Pourquoi ?
A.R. Parce que c'est trop bête de banaliser les
choses. Et parce que je crains que les politiques ne profitent
de ce moment où les gens commencent à en avoir
marre d'entendre parler des affaires. Ca les arrange. Je
crois à la sincérité des convictions
politiques, mais je me méfie des hommes politiques
qui s'enivrent du pouvoir. Ce n'est pas que je sois pessimiste,
plutôt lucide. Que voulez-vous que l'on soit d'autre ?
On ne peut quand même pas être lucide et con
à la fois.
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