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Même
si elle brûle les planches et que ses albums se vendent
à des centaines de milliers dexemplaires, la
chanteuse auteur-compositrice garde la tête froide.
Tournées, admirateurs, interviews
elle reçoit
tout avec gentillesse et naturel. Son plus grand bonheur,
cest sa fille, Janelle.
Yeux bleu
vif, teint nacré, cheveux flamme orangée,
lèvres très pâles : Axelle red
transforme son corps en tableau, et cest lalliance
des couleurs quon remarque en premier. Aujourdhui,
elle est en gris. Un gris Margiela, un ardoise Helmut Lang
et le camaïeu du jean et du pull sont comme le fond
dune photo qui met en lumière le visage. Puis
limage sanime. Non, Axelle Red nest pas
une icône en deux dimensions, une apparition magique
quisignerait des autographes selon la volonté des
fans, avant de disparaître aussi mystérieusement
quelle aurait surgi. Cest une fille bien vivante,
qui sattaque à un plat de saumon mariné,
et trempe son pain complet dans lhuile dolive,
au Café Marly. Pause défilé entre deux
concerts : la chanteuse sort du show Thierry Mugler,
elle reprend la route ce soir. Une fin daprès-midi-heure
du déjeuner : Je fais tout pour ne pas
maigrir, explique-t-elle. Jadopte un régime
protéiné, je mange cinq repas par jour, et
je débute la journée par un potage de poisson
ou de poulet. Car en tournée, quoi que je fasse,
je perds des kilos ! Axelle Red fait très
attention à ce quelle ingurgite : Pas
dalcool, pas de sucre, pas de sauce, pas de café,
pas de dessert, pas de produits laitiers. Des légumes,
des pâtes, du riz complet, des vitamines, trois litres
deau par jour ! Elle ajoute :Je
nai aucune tendance anorexique !
Cest
vrai, elle est menue. Toute légère, toute
rapide. Une efficacité des gestes, une capacité
de se concentrer sur linstant même et doublier
le futur proche. Exemple, à Nantes, vingt minutes
avant dentrer en scène : aucun signe apparent
de trac chez Axelle, qui continue de samuser avec
sa fille, Janelle, 13 mois à peine, et naccepte
de sen séparer quà regret. La
chanteuse soupire : Je nai jamais le temps
de la coucher. Elle sendort à lheure
où le concert commence. Axelle Red naime
pas dormir à lhôtel, même dans
un palace. Premier trimestre 2000, on the road. Durant cette
tournée qui culminera ce 24 mars au Zénith,
elle sest installée un petit deux-pièces
cuisine dans un autocar, sans compter quelques couchettes
dans le couloir en guise de chambres damis. La nuit,
elle roule avec sa fille et la nounou. Le soir, elle ouvre
son spectacle avec Faire des mamours :
Cela fait quelques heures déjà / Que
je me trouve dans ce grand lit immense / Tu es tellement
loin de moi / Dans ton sommeil tu bouges dans tous les sens
/ jessaie en vain de compter les moutons / Mais je
ne fais rien dautre que dme montrer lbourrichon.
Comme toutes ses chansons, une rêverie autobiographique.
Mais justement, dans une roulotte, la chanteuse ne souffre
plus dinsomnie. Elle est bercée par le glissement
du véhicule, protégée par sa grosse
carapace, et éprouve le plaisir du double mouvement :
sévader dans le sommeil en voyageant physiquement.
Axelle remue ses cheveux flamme et sourit : Le
bus arrive le matin, je sais rarement dans quel coin de
France on est. Souvent, le chauffeur mindique des
noms de ville que je ne connais pas. Peut-être quil
blague, quil invente des lieux
Sortie
du bus. La chanteuse signe des autographes. Avancée
dans la rue. Elle re-multiplie les autographes. Entrée
des artistes. Redistribution de signatures, re-sourires,
un mot gentil adressé à chacun. Axelle est
une star parfaite, comme on peut le dire dune hôtesse.
Pas de lunettes noires, peu de maquillage, le rouge de sa
chevelure lui permet davoir bonne mine tout le temps,
pas de stress, et sa fille dans les bras, les yeux bleus
de maman. Axelle :Je nai jamais été
aussi en forme. Janelle décuple mes forces. Sur cette
tournée, on samuse comme des fous. Jai
fêté mes 32 ans le mois dernier, on ma
offert une table de ping-pong, et, après le concert,
on sen donne à cur joie.
Les shows
dAxelle ne sont pas chronométrés. Elle
se donne à son public, réagit à la
moindre de ses suggestions, reçoit lénergie
de la salle, lui rend au centuple, et montre son plaisir
dêtre sur scène. Un public plutôt
jeune. Personne ne reste assis. La foule sarrache
la serviette quelle a lancée dans la salle,
et tente de saisir ses bouteilles deau. Quand
le spectacle sarrête, je pourrais encore chanter
trois heures. Comme un enfant, je ne me rends jamais compte
de la fatigue qui saccumule au fil des semaines. Cest
le danger des tournées : ne pas sapercevoir
quon est épuisée. Après
le concert, le travail dAxelle nest pas terminé.
Distribution dautographes encore et encore. Générosité.
Rencontre avec des fans, sélectionnés lors
dun concours radio. Discussion dans sa loge. La chanteuse
est toujours aimable, riante, pleine dà-propos.
Pause photo avec des admirateurs, le service dordre,
clic-clac, cheese, dit-elle avec un sourire
un peu las, au bout de la vingtième prise impromptue,
volée, après minuit. Le caissier dun
grand magasin a déboursé plus de 30 000 F
pour suivre son idole à la trace. Axelle en est bouleversée.
Il mest parfois très étrange de
penser que ma figure est collée en très grand,
dans des chambres, livre-t-elle. Jadore Areth a
Franklin, Bill Withers est mon artiste fétiche, mais
je nai jamais collectionné les images de mes
admirations. Sauf peut-être quand javais 6 ans .
Jétais folle de la blonde, dans le groupe Abba.
Jai su alors que je voulais être chanteuse.
Axelle
Red a grandi sous un autre nom à Hasselt, en Belgique
flamande. Une ville juste à la bonne taille,
une enfance très heureuse, auprès
dune maman qui travaille dans une agence de voyages,
dun père avocat, et dune sur aînée.
Les parents parlent français entre eux lorsquils
se disputent, et ils se déchirent de plus en plus
lors de ladolescence de leur fille. Axelle entend
ainsi le français qu'elle ne comprend pas, et qu'elle
manie aujourd'hui comme sa langue maternelle. Pas de crise
d'adolescence: elle est bonne élève, entourée,
et centrée sur sa volonté d'être chanteuse.
"J'étais assez seule, responsable, parce que mes
parents étaient rarement là. Je n'avais pas
clairement conscience qu'ils ne s'entendaient pas et que
je jouais l'arbitre, c'est après, lorsqu'ils ont
divorcé, que j'ai senti les traces que cette situation
avait laissées en moi." A 15 ans, elle enregistre
son premier disque en anglais. Sa maman est son manager.
Dix ans plus tard, son premier album, le bien nommé
"Sans plus attendre", sort et se vend à plus de 500.000
exemplaires, rien qu'en France.
Depuis,
Axelle donne le sentiment d'une ascension constante et irréversible.
"Pas du tout, proteste-t-elle. J'ai énormément
douté. Mon deuxième disque "A tâtons"
a eu du mal à démarrer, même si l'on
a dépassé les 800.000 albums vendus,
maintenant. Je m'y étais investie, comme chanteuse,
auteur, compositrice et productrice! Je l'ai enregistré
à Nashville avec des musiciens mythiques comme Isaac
Hayes et Skipp Charles Pitts. Et puis attendre dix ans pour
enregistrer son premier album, c'est long!" Mais Axelle
s'accroche. Notamment grâce à ses études
de droit, qui lui permettent, paradoxalement, de "prendre
son temps". Sur les bancs de la fac, elle rencontre son
futur mari, manager, père de sa fille: Filip Vanes.
Lorsqu'il
lui dit qu'il a envie d'organiser des concerts, elle n'ose
pas tout de suite lui dire qu'elle chante et compose. Elle
attendra six mois pour lui faire écouter une maquette.
Quinze ans plus tard, ils sont toujours aussi satisfaits
de lier travail et vie professionnelle. Axelle: "Si j'étais
tombée amoureuse d'un plombier, je ne le verrais
jamais. Filip et moi avons grandi ensemble, appris le métier
ensemble." Puis, mystérieusement: "Les papillons
des premiers jours passent, l'amour reste." Filip: "Pourquoi
serais-je surpris par son succès? Axelle a tout pour
elle, et c'est une bosseuse acharnée. Et elle a les
pieds sur terre. Beaucoup de stars s'envolent, quittent
le réel, ont besoin d'un entourage. Pas elle."
La frontière
de l'intime et du travail passe aussi par un prénom.
Axelle n'aime pas que des inconnus lui rappellent celui
que lui ont donné ses parents. Mais elle n'apprécie
pas non plus que ses amis d'avant la gloire la nomment Axelle.
Elle prétend que son pseudonyme n'a pas de sens,
qu'il lui est venu comme on nomme un chat ou une boutique.
Red comme rouge, sa couleur fétiche. Axelle, parce
que ça se prononce de la même manière
en anglais, en français et en flammand. Un pseudonyme
peut-être aussi, parce que l'artiste ne laisse personne
choisir à sa place, fût-ce son nom. La musique,
les paroles, les arrangements, son style et même le
montage des clips dépendent d'elle. Son amie, la
créatrice Véronique Leroy, dont Axelle porte
les tenues sur scène et en ville, se souvient avoir
été sidérée par sa douce détermination.
"La première fois qu'elle a débarqué
dans le showroom, elle connaissait toutes mes collections
par coeur. Une mémoire hallucinante. Sans qu'elle
soit autoritaire, jen'ai vraiment pas à lui dire
ce qui lui va ou non. Elle est devenue une amie dont le
regard me permet d'avancer dans mes recherches."
Le bus
emporte Axelle dans la nuit pour la déposer à
Paris, aux portes du défilé de Véronique.
Vêtue d'un pyjama en soie rouge, elle n'a besoin que
de cinq minutes pour être prête et présente.
Anne Diatkine
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