« Je ne vois pas Sisters and Empathy comme un album de rupture, mais comme une étape dans ma carrière. La soul et le rythm & blues habitent mon travail depuis mes premiers pas comme l’envie de témoigner de réalités qui me révoltent et me tiennent à cœur. Je suis une femme, une mère, une fille. Mes opinions se fondent sur les rencontres que j’ai faites, notamment via l’Unicef dont je suis ambassadrice, Oxfam ou Handicap International, mais je n’ai pas attendu la reconnaissance ou le succès pour m’intéresser au sort de femmes et d’enfants moins chanceux et démunis. Il y a une plus d’une dizaine d’années, je découvrirais le Cambodge et le Vietnam avec mon mari, un voyage magnifique où je fus pourtant témoin de situations humainement difficiles.
Sisters and Empathy est un album engagé, sans être le disque d’un chevalier blanc ou d’une donneuse de leçons. Je n’accuse personne. Je ne juge pas. J’ai vu. J’ai rencontré, écouté, entendu et je témoigne. Ma meilleure façon de témoigner, à moi, artiste, c’est par la chanson que je peux le faire. C’est ce que je connais et ce que je fais de mieux. Une chanson, c’est un langage avec ses règles et ses codes, une rencontre entre un artiste et son public. Une chanson peut témoigner, mais doit aussi laisser de la place à celui qui l’écoute. Une chanson, c’est du partage.
Si je n’avais laissé dans cet album que mes colères et mes certitudes, je n’engendrerais chez celui qui m’écoute que de l’oubli et du vide. Sisters and Empathy , c’est autre chose. J’y parle de mes engagements, et j’y laisse mes espoirs. Certains fans et critiques ont été étonnés par la dureté des propos. Je les comprends, mais ces mots ne seront pourtant jamais assez forts pour témoigner de ce que j’ai entendu. Et puis j’insiste, il y a dans ces textes de la souffrance, mais pas de morosité. Il y a surtout mon admiration pour des inconnues dont la force à dépasser l’inacceptable mérite autre chose que le silence : ces femmes sont mes héroïnes.
Certains se sont également étonné d’un album en anglais. Il y a derrière ce choix de l’envie et du hasard. J’ai toujours apprécié l’anglais, mais c’est surtout parce que les rencontres et les témoignages qui ont nourri cet album étaient en anglais. Ce fut comme un cheminement naturel. J’ai aussi voulu une sortie discrète pour cet album, uniquement sur la Belgique. C’est difficile à expliquer, mais c’est un peu comme si voulais un peu m’effacer derrière les textes. Bien sûr, ce sont les miens, mais j’avais envie que l’on parle de ce que raconte Sisters & Empathy plutôt que « du nouvel album d’Axelle Red ». J’espère que vous comprenez. Ces textes me touchent tellement que j’ai pensé un temps les traduire et les publier sous forme d’un livre. Aujourd’hui, j’ai abandonné cette idée parce que voilà, maintenant, je me consacre au prochain album, en français. Ceci ne veut pas dire que j’oublie mes héroïnes. Celles-ci m’habitent quelque part, comme mes amis, mes filles, mon mari et mes fans. Je pense aujourd’hui à autre chose même si, fin d’année, je reprendrai les chansons de Sisters and Empathy lors d’une tournée de quelques dates, en Belgique et en France. Ce sera une tournée assez low profile, dans des salles permettant une réelle proximité avec le public, une tournée proche d’un projet que j’ai voulu intime et touchant.
Comme je comprends que la langue anglaise n’est pas accessible à tous et à toutes, je publierai chaque semaine un texte évoquant la genèse de ces chansons – d’où elles viennent, qui cachent-elles et que racontent-elles, pour faire le tour de l’album avec ceux qui veulent en savoir plus. »
propos acceuilli par René Sepul
