Axelle parle de ‘Song Called Chip’

Song Called Chip

La chanson part d’un brainstorming. C’est un mélange de réflexions que je m’étais faite il y a six ans, bien avant l’écriture de l’album. Jeune maman, je me posais des questions sur l’utilité d’Internet et les qualités de cet outil que je ne condamne pas, mais qui n’est pas sans risque, surtout pour les adolescents. Ce peut devenir un refuge, une sorte de bulle d’où ils peuvent avoir accès à tout. J’imaginais cette adolescente qui se sent à l’abri, protégée, seule dans sa chambre, alors qu’avec Internet, la menace peut aussi être proche, même très proche.

Cursing the net, nice we finaly met

On sait que des pédophiles traînent et chassent sur l’Internet.
Comment protéger ses enfants dans un monde apparemment si innocent ? Voilà la réflexion de départ qui m’a fait ensuite penser à Orwell et de son livre 1984. Jusqu’où peut-on aller pour protéger un enfant ? Et si l’on mettait une puce dans la tête d’un criminel pour suivre ses mouvements ? Ou si l’on introduisait une puce dans la tête de l’enfant pour permettre à sa mère de savoir constamment où il est.

Serait-ce là le monde dans lequel nous rêvons de vivre ?

A wonderfull world it would be.

Je ne le pense pas. Mais en partant de cette réflexion, je m’interrogeais sur l’attitude que nous réservons à la pédophile. Aujourd’hui condamnée, elle faisait autrefois partie du quotidien. Dans la Grèce ancienne ou la Rome antique, elle était acceptée. Il n’était alors pas amoral pour le soldat romain triomphant de violer la fille de son ennemi.

Cette image insultante et intolérable de la jeune fille traverse plusieurs textes fondateurs de notre culture :

« Spare the young captives, Moses said. Our Law says have them in our Beds. »

« Epargnez les jeunes prisonnières », nous dit Moïse, « Notre Loi nous permet de les avoir au fond de notre lit. »

Ainsi la morale autorisait le viol ? Plus tard, chez Shakespeare, quel âge avait Juliette ? Et ce n’était pas que chez nous : ce genre d’outrage était aussi toléré dans le monde arabe ou en Chine.

L’histoire des jeunes filles est une histoire tragique. Humiliées, violées, maltraitées. Je sais que ces textes anciens ne peuvent être pris au pied de la lettre, mais ne peut-on les trouver révoltant. Une fille est-elle prédestinée à être victime ? La pédophilie est-elle inscrite dans la nature humaine ? D’où vient ce besoin de dominer et de blesser la femme ? Serait-ce le besoin d’une éternelle jeunesse ?

Voilà, ce texte, ce sont de nouveau des questions jetées sans y apporter de réponses, même si les poser informe de mon point de vue. Dans quel monde vit-on ? Quels images de la femme donne-t-on ? Ces filles de quatorze ans sur les couvertures des magazines. Ces filles parfois dévêtues.
N’est-ce pas la société qui est malade ? Je ne crois aux puces introduites dans un cerveau. Je ne pense pas que l’on doive enfermer nos enfants dans des cages dorées. Je crois dans la liberté. Mais il n’y a pas de liberté sans empathie. Et l’empathie, c’est « apprendre » l’autre. Le respecter. Nous avons des rôles à jouer. Eduquer pour apprendre à vivre ensemble.

propos recueillis par René Sepul

5 Responses to “Axelle parle de ‘Song Called Chip’”

  1. Maud says:

    Ce message, je souhaiterai de tout mon coeur, qu’Axelle Red le lise en personne …
    Je ne pense pas qu’il ne faille pas prendre les textes anciens à la lettre ! Au contraire ! Nous savons combien les mythes subsistent dans notre inconscient et à quel point nos sociétés “modernes” ont évolué par et dans ces textes, dit-on, fondateurs.
    C’est notre empathie qui pourra conditionner notre respect et qui permettra peut-être, un jour, que cette société puisse se lever et condamne, enfin, cette image de la femme, ces images de (jeunes) filles, parfois dévêtues. D’ailleurs, n’est-ce pas parce que Wilson Smith a éprouvé de l’empathie pour Julia ou pour cet homme qui possédait une petite mansarde remplie de vieilleries -des trésors- qu’il a pu prendre conscience de sa condition : prendre conscience de l’inhumanité et de la perte de l’individu que prônaient la société de Big Brother ? L’amour de soi, et par conséquent, l’amour de l’autre permet d’accéder au respect d’autrui, au respect des autres civilisations. C’est ce qu’expliquait déjà Rousseau quand il s’attachait à définir “la pitié naturelle” … Ainsi, oui, les textes sont des âmes d’hommes et de femmes, et pour cela, ils sont à prendre à la lettre, pour le meilleur et pour le pire ! Il n’y a pas que de belles choses dans la littérature. Il faut aussi savoir en tirer des leçons …
    Parce qu’on ne se remet jamais d’un abus, quel qu’il soit. On en sort humilié(e), anéanti(e), à jamais sous le boisseau du regard de celui qui à commis l’indicible, de celui qui a touché au corps, à l’être désormais souillé. Parce qu’après avoir choisi de se battre, après avoir choisi de reconquérir sa dignité, c’est bien cela que l’on vit, jour après jour : “You’re the first thing on my mind. Then the worst and the last.”
    Merci à vous, pour votre respect, pour vos paroles qui m’aident, malgré tout.
    Maud

  2. Fulghum says:

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  3. King Pie says:

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  5. Millien says:

    Your video is great! So is the concept with song! Thank you Michael ! LOVE

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